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Objet : kalittastrophe
Il s'en est fallu d'un cheveu pour que le KALITTA explose le mardi 23 octobre d'une défaillance due au débrayage électronique de la courroie de distribution et d'une diarrhée aigue du commandant de bord. Lorsque l'avion amorçait anxieusement sa descente, personne ne pouvait prévoir l'angoisse à laquelle il avait fallu se préparer. Les pompiers avaient sorti ces gros camions bulldozer et pirouettaient à l'affut du danger. Nous, comme à l'accoutumé, nous avions continué comme si de rien n'était malgré le vent Hiroshima sifflotant au-dessus de nos têtes. Nous roulions paisiblement, les dents à l'air et le peu de cheveux au vent. Ailleurs, au MET, chez CAL et auprès de nos hauts responsables, on préparait les valises; Raymond prenait soin de ranger son tube dentifrice et mettait à l'abri la caisse. Le ciel avait pris l'allure d'un théâtre. Les yeux de tous se dirigeaient loin vers l'horizon auscultant un nuage de fumée. Un suspense insoutenable avait plongé la piste entière dans un confinement sans demi-mesure. Enfin, le KALITTA pointait le nez de sa carlingue en direction de la piste 23 et peu à peu les lumières de ses phares éclairaient le ciel de Grâce-Hollogne. Arrivé à terre, dans un état chaotique, quelques pièces du moteur jonchaient le sol avec la boite à outils des clés VANADIUM. Nous avons évité le pire. Il aurait pu exploser au-dessus du HUB, faisant des dégâts inouïs, balayant la piste par un enchainement d'explosion des autres avions aux stands. Suite au désastre, il aurait fallu récupérer les colis endommagés, travailler d'une seule main au damage à recoudre les enveloppes, les sacs plastifiés et souder les cartons. On nous aurait demandé de faire des heures supplémentaires jusqu'à la fin des temps; le peu que nous puissions faire pour combler le retard et satisfaire le client. Notre syndicat aurait eu facile à négocier une augmentation de salaire et notre direction, dos au mur, cèderait à la demande. Des accidents de ce genre semblent arriver régulièrement dans notre dépotoir. À 2 jours d'intervalle, un BAE146 réitérait la même scène de panique aux alentours des Mike. De deux choses l'une, soit nous sommes chanceux, nous comptons parmi nos rangs des âmes charitables guidés sous la bienveillance d'une bonne étoile, soit un jour nous risquerions de la voir de trop pris cette bonne étoile que nous y serions expédiés à vitesse grand V. Prions le ciel pour que ce jour n'arrivera jamais et si par malheur cela devait arriver, que notre direction veuille nous accorder au-moins cette augmentation tant espérée. Mourir avec quelques pourcentages d'augmentation changerait expressément la donne à l'éventualité de finir au service de réanimation de la citadelle avec une hélice dans le front sans un sou de plus. Franchement, le choix ne nous viendrait même pas à l'idée. Collectif du RAMP (une Rotule de direction d'Avion c'est Méchant en Pleine poire)
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Chers collègues, Après ce qui devait être une réponse à ces vertèbres taraudées par l’épuisement de ces longues nuits de manutention, il n’y avait en prime qu’un bilan évasif au reste de ce qu’on devait accomplir jusqu’à l’âge de cette fameuse retraite somme toute incertaine jusqu’à l’âge de soixante sept ans. Si la mort par vieillesse ne nous emporte pas, ces paumons éméchés et ces os calcifiés auront raison de notre dérouillement probable. Les conventions viennent d’être négociées et finalisées depuis belle lurette. En à peine quelques minutes, une belle convention fut mise à table, analysée en un quart d’heure, le temps imparti pour les négociateurs de savourer quelques boissons à l’abri du tonnage récalcitrant. Le seul souci de nous laisser sur la paille, sans un sou de plus a été le long de ces échanges un insatiable mépris des vraies valeurs de reconnaissance du travail accompli et qui plus est un long discours inutile auquel on a tenu à nous faire croire. Au bout d’un long processus organisé en douce, voici les options retenues au niveau de notre belle et généreuse société : 1. Participation à hauteur de 0,1% de la masse salariale dans l’ASBL « crève dans ta soute » une ASBL chargée de réduire à néant vos espoirs d’être réellement augmenté. 2. Evolution des chauffeurs engins de piste de la tension artérielle 13/7 à la tension 14/9, après qu’ils aient remarqué n’avoir rien obtenu à leur tour. 3. Diminution générale du prix du yaourt de 1% au 01/12/2147. vous n’en profiterez d’ailleurs que pour les quelques jours jusqu’au nouvel an, uniquement au Colruyt et sur présentation d’un bon de réduction y faisant droit. 4. Maintien de la pression quotidienne au travail et aux promotions canapé pour une durée indéterminée. Ce point sera reconduit pour les futures conventions. 5. Possibilité de prendre la porte si la convention ne vous agrée pas. 6. Mise en place pour le 01/01/2148 de l’horaire interchangeable là où les contraintes au fumoir le permettent. 7. Prolongation de l’accord post-mortem jusqu’au 31/12/2147. création d’un râtelier pour les cas désespérés. 8. Création de nouveaux métiers : espionnage, léchage, dégraissage… 9. Possibilité de prendre 5 jours de VA par tranche d’horaire fixée entre 10h00 et 16h00. 10. Un 3ème jour de congé légal mais pas extra vu qu’il n’est obtenu qu’après 65 ans d’ancienneté c'est-à-dire à l’âge de voir son corps entouré de 4 planches et ne sera d’ailleurs effectif qu’au jour de la résurrection. 11. Diminution du coût de l’assurance de 50% pour réduire le nombre d’accident de travail. Par inadvertance, vous êtes amenés à percuter un Airbus au décollage, faites un constat à l’amiable avec le pilote pour éviter à l’assurance patronale la paperasse inutile et les frais qui en découlent. 12. Sous réserve des points obtenus à l’évaluation, mise en place d’une prime pour les départs anticipés. La formule doit être définie avec Dexia et Fortis. 13. Le travail du samedi en 8ème jour sera rémunéré avec une prime de 4 chèques repas sous condition d’être écoulés au restaurant le jour même. Il faudrait d’ailleurs voir si Sodexho consent à ouvrir les samedis et auxquelles conditions Rémy accepterait de martyriser sa jambe un jour de plus. 14. Rédaction d’un livre édité par Gallimard en collaboration avec Victor Hugo sur les pérégrinations d’un travail de forcené pour l’ensemble du personnel. Le livre sera intitulé « les misérables jusqu’au bout de la nuit ». 15. Une soupe plus succulente agrémentée de cumin sera non seulement distribuée par temps de gel mais aussi en temps normal. (pour connaître les ingrédients qui constituent le breuvage, écrivez à PAGEM). Conscients de votre ignominie et conscients aussi de cette place vouée aux déchéances que vous méritez tant, cela nous rassure de vous payer le moins possible étant donné que vous et nous dans cette course irréfutable au bénéfice, nous n’avons pas le droit aux sentiments. L’échec de ces conventions est le reflet d’une platitude à laquelle vous vous êtes adonnée sans même jamais risquer l’ouverture d’esprit. Parenthèse philosophique oblige, nous vous dirons pour résumer que ce vote exprimé par un « oui » favorable n’est que le début d’un processus semé d’embûches. Pour résumer avec des mots plus simples à nos amis qui ont parcouru les points de la convention en ayant l’esprit d’avoir décortiqué une équation exponentielle, je dirai : on s’est fait tranché la gueule. Raymond H. Directeur général Administrateur délégué Chauffagiste à mi-temps
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